
La honte ne crie pas. Elle s'installe. Elle prend la place d'un vêtement qu'on garde sur soi même l'été, même la nuit, même seule.
Longtemps j'ai cru qu'elle venait de moi. Qu'elle était une preuve. Qu'il fallait bien que j'aie fait quelque chose pour la mériter, sinon pourquoi serait-elle là, si fidèle.
Puis j'ai compris qu'elle n'était pas née dans mon corps. On me l'avait donnée. Un silence de trop, un regard de travers, une phrase dite un soir de colère et jamais reprise. On m'a confié la honte de quelqu'un d'autre, et je l'ai portée comme si c'était un héritage.
Je ne sais pas encore la faire partir. Mais j'ai appris à la nommer, et nommer, déjà, c'est desserrer.
Alors j'écris. Pas pour me justifier. Pour poser à côté de moi ce que je n'ai plus la force de porter contre ma peau.
Si tu la connais, sache qu'elle n'est pas à toi non plus.
esmée nefrazen


